mercredi 1 juin 2016

The Easter Offensive Vietnam 1972 - Interview d'Albert Grandolini





Albert Grandolini est enseignant et exerce dans un lycée de la région parisienne. Ses centres d'intérêt sont principalement liés aux conflits contemporains et à l’ère Asie Pacifique, mais il ne délaisse pas pour autant d’autres période. Auteur de plusieurs ouvrages sur la guerre du Vietnam, il collabore à différents magazines spécialisés en histoire militaire (Tank Zone, Batailles et Blindés) et d’histoire aéronautique (Fana de l’aviation, Air Enthusiast, Air International, Flieger Revue Extra). Il contribue par ailleurs au site Air Combat Information Group (ACIG) et à ce blog. A la suite de la parution en 2015 chez Helion and Company de ses deux volumes sur l'offensive de la Pâques en 1972, il a bien voulu répondre à nos questions sur cette période cruciale de l'histoire militaire vietnamienne.

Propos recueillis par Adrien Fontanellaz






mercredi 4 mai 2016

Les Arditi del popolo et la lutte armée contre le fascisme (1921-1922)

En 1954, le futur président de la République italienne, Sandro Pertini soulignait dans un article que « la Résistance n’a pas commencé le 8 septembre 1943, mais en 1921. » Parmi ces premiers résistants au fascisme se trouvent les Arditi del popolo, une organisation militaire antifasciste qui connu une expansion rapide puis un déclin brutal.

Le mouvement des Arditi del popolo plonge ses racines dans la Première Guerre mondiale et s’inscrit dans ce laboratoire politique et social de l’après 1918 où l’utilisation de la violence comme stratégie politique à visée révolutionnaire se généralise. Dans cette perspective, la localité, la rue, l’usine deviennent des zones de combat et d’action directe qu’il faut défendre ou prendre à l’adversaire. Cette militarisation du politique qui rompt à la fois avec les traditions démocratiques et celles du mouvement ouvrier ouvre peu à peu la voie à une guerre civile entre le fascisme et ses adversaires.

S’il revient au squadrisme fasciste d’avoir généralisé à grande échelle cette « brutalisation » de l’action politique, les Arditi del popolo furent sur ce terrain des adversaires sérieux. Ils formèrent la première organisation destinée à combattre militairement le fascisme et, dans certains cas, ils sortirent vainqueurs de la confrontation, montrant que l’ascension de Mussolini vers le pouvoir n’était pas irrésistible. Longtemps délaissés par l’historiographie, les Arditi del popolo inaugurent l’histoire de la résistance armée au fascisme et plus largement ouvrent une nouvelle phase dans celle des relations entre le mouvement ouvrier et la question militaire.

David FRANCOIS

samedi 2 avril 2016

Le Type 95 Ha-Go


Le Type 95 Ha-Go, fut, avec le Type 97 Chi-Ha, le principal modèle de char aligné par l’armée impériale japonaise durant la Guerre du Pacifique. Déjà à peine capable de faire face aux chars légers M3 Stuart engagés dès 1942 par les Américains durant la campagne des Philippines, il devint rapidement totalement obsolète de par sa vulnérabilité à l’ensemble des armes antichars présentes sur le champs de bataille et symbolisa l’infériorité chronique des chars japonais face aux modèles alignés par les Alliés. Outre le fait que les Japonais tardèrent trop à développer puis à mettre en service de nouveaux modèles de tanks – en sous-estimant leur utilité et aussi à cause des limites inhérentes à leur industrie - la performance désastreuse du Type 95 a surtout eu pour cause une fréquente utilisation à contre-emploi.


Adrien Fontanellaz


mardi 1 mars 2016

La guerre civile grecque, 1944-1949

De 1944 à 1949, la Grèce est la proie d’une guerre civile, qui plonge à la fois ses racines dans le passé récent du pays mais également dans un environnement international marqué par l’apparition de la guerre froide. Seul conflit armée sur le sol européen où s’affrontent le bloc communiste et le bloc occidental, elle ressemble sur bien des points aux multiples guerres insurrectionnelles qui naîtront du contexte de guerre froide, du Vietnam au Nicaragua en passant par Cuba.


À travers l’exemple de la guerre civile grecque se dessine les linéaments des guerres insurrectionnelles qui marqueront la seconde moitié du 20e siècle mais également les moyens employés pour la contrer et la vaincre. Apparaît également l’importance dans ce type de conflit de facteurs non spécifiquement militaires comme le contrôle de la population ou l’environnement international. Mais avant tout cette guerre civile est incontournable pour appréhender et mieux comprendre la Grèce contemporaine.

David FRANCOIS 

lundi 1 février 2016

Les Prétoriens de Lénine: Histoire des fusiliers lettons rouges

Les conditions de l'accession à l'indépendance des pays baltes début 1991, puis le développement à l'intérieur de ces jeunes États d'une politique anti-russe symbolisée en Lettonie par l'instauration d'une journée de commémoration en l'honneur des anciens volontaires de la Waffen SS, laissent l'image d'une nation lettone fortement hostiles au communisme. Si cette hostilité est ancienne, elle ne doit pas occulter le fait que de nombreux Lettons mirent leurs espoirs dans la jeune révolution soviétique. Et cette espérance ne fut pas seulement sociale mais également et paradoxalement nationale.

David FRANCOIS

vendredi 1 janvier 2016

Une brève histoire de la garde républicaine


La notoriété de la garde républicaine remonte à la deuxième guerre du Golfe, où elle fit son apparition dans les médias occidentaux. Elle continua à être abondamment mentionnée durant les différentes périodes de tension qui marquèrent la crise irakienne, et ce jusqu’à la chute du régime de Saddam Hussein. Elle constitue à cet égard un paradoxe, car malgré sa célébrité, elle reste peu connue. Cet article vise donc à présenter brièvement l’histoire de ce corps.
L’armée est le plus souvent un sujet très sensible dans la plupart des pays du Moyen-Orient ; photographier un engin militaire peut potentiellement déboucher sur une peine de prison. Cette opacité ne facilite évidemment pas la tâche d’éventuels chercheurs ou historiens. Il faut aussi l’admettre, l’histoire militaire des pays arabes n’intéresse pas un large public, ce qui n’incite pas les éditeurs à financer la traduction et la publication de mémoires et autres écrits de militaires arabes. Enfin, il existe sans doute aussi un substrat de dédain culturel, pour ne pas parler d’un reste d’occidento-centrisme, favorisant un certain manque de curiosité sous nos latitudes. Tout ceci explique en grande partie pourquoi la guerre Iran-Irak, qui fut la plus longue guerre conventionnelle depuis la deuxième guerre mondiale, ait fait l’objet de si peu d’intérêt. La courte guerre des Malouines entre l’Argentine et l’Angleterre, à l’origine d’une véritable avalanche de publications, illustre bien ce contraste
Dans une perspective plus large, l’histoire de la garde républicaine irakienne, voulue par Saddam Hussein comme une résurgence moderne de la garde impériale de Napoléon, illustre combien un contexte politique peut influencer, voire déterminer, l’efficacité d’une institution militaire. Enfin, et c’est sans doute une raison suffisante pour s’y intéresser, la garde républicaine, comme l’armée irakienne dans son ensemble, connut une expérience exceptionnellement variée ; elle affronta non seulement la redoutable infanterie iranienne, mais aussi, à deux reprises, le colosse américain.
Enfin, il convient de préciser à quel point la rédaction de cet article a dépendu des contributions des participants du Air Combat Information Group, et surtout, des recherches menées par l’armée américaine après l’invasion de 2003 et dont le résultat est disponible en ligne. Les américains, suivant les mêmes pratiques que lors de la défaite de l’Allemagne et du Japon en 1945, cherchèrent à comprendre la perception des vaincus, au moyen de leurs archives, mais aussi d’interviews menées auprès de gradés de haut rang. Ces textes donnent, dans le cas irakien, non seulement un accès passionnant sur les mécanismes internes de la dictature irakienne, mais aussi sur le fonctionnement de sa machine de guerre. Bien entendu, l’histoire militaire de l’Irak de ces quarante dernières années reste encore à écrire, et l’ambition de cet article sur la garde républicaine se limite à soumettre au lecteur quelques éléments nouveaux sur cette institution.


                           Adrien Fontanellaz, article déjà publié sur le blog Militum Historia


jeudi 3 décembre 2015

L'impossible réforme : l'armée soviétique sous l'ère Gorbatchev 1986-1991

Les deux décennies de pouvoir brejnevien ont doté l'URSS d'une formidable puissance militaire mais cela s'est fait au prix de l'appauvrissement du pays. Le niveau de vie baisse, la productivité décline et la croissance est absente. Lorsqu'il arrive au pouvoir après les deux courts règnes de Iouri Andropov et de Konstantin Tchernenko, Mikhaïl Gorbatchev est convaincu que la situation précaire de l'économie mais également les problèmes démographiques et écologiques qui touchent le pays entrainent lentement l'URSS sur la voie du déclin, un point de vue qui est d'ailleurs largement partagé par les élites dirigeantes. Le système doit donc être profondément réformé pour assurer in fine sa survie. Pour cela le nouveau secrétaire général du PCUS prend la décision de revenir sur 7 décennies de politique militaire, une étape qu'il estime nécessaire pour effectuer les changements politiques mais surtout économiques indispensables.

La série de réformes qu'il impulse alors bouleverse profondément l'armée. Il fait sortir le pays du bourbier afghan, met un terme à la course aux armements, réduit le budget alloué à la défense et engage le retrait des forces soviétiques d'Europe orientale. Mais les transformations induites par les politiques de la Perestroïka et de la Glasnost déstabilisent l'armée. Pilier central du régime au côté du Parti, le processus de démocratisation la place inévitablement sous le feu des critiques. Elle perd rapidement un prestige inentamé depuis 1945, se divise entre réformateurs et conservateurs et s'effrite sous le coup des revendications nationalistes. En moins de dix ans, la plus puissante armée du monde se décompose, incapable en aout 1991 de renverser un Gorbatchev déjà fragilisé, avant de disparaître définitivement en même temps que le drapeau soviétique était descendu une dernière fois sur le Kremlin.

David FRANCOIS

dimanche 1 novembre 2015

Le bûcher des hirondelles; les débuts du Kawasaki Ki-61-I Hien


Le Kawasaki Ki-61 se distingua en étant le seul chasseur entré en service dans le service aérien de l’aviation impériale japonaise à être équipé d’un moteur en ligne.  Il fut aussi, avec le Nakajima Ki-44, le premier appareil produit en grandes quantités se démarquant de la tradition fermement établie au sein du service visant à mettre l’accent sur la maniabilité à basse vitesse, fut-ce au détriment de la protection et de l’armement. Pourtant, et malgré ses réelles qualités, le chasseur de Kawasaki fut impuissant à influer de manière déterminante sur le cours des campagnes aériennes opposant forces aériennes alliées et japonaises.
Adrien Fontanellaz



jeudi 1 octobre 2015

Les fantômes du Kansas; Guerre civile au Kansas, 1854-1861


Dans les années qui ont précédé la guerre de sécession, une guerre civile a déchiré le territoire du Kansas, ouvert depuis peu à la colonisation. Son enjeu : l'implantation de l'esclavage dans ce futur état, et même au-delà : son extension vers l'Ouest. Au point où l'on se demande si ce n'est pas la petite guerre qui a participé au déclenchement de la grande ... Cet épisode est connu dans l’historiographie américaine sous le nom de Bleeding Kansas (« Le Kansas ensanglanté »).

Jérôme Percheron
Coups de feu dans les rues de Lawrence, Kansas, 1856
https://causesofthecivilwar.wikispaces.com/%E2%80%9CBleeding+Kansas%E2%80%9D

jeudi 3 septembre 2015

Janvier 1919 : Feu sur Berlin la Rouge.

Les hommes corps-francs du Regiment de Potsdam sous les ordres du major von Stephani sont prêts à passer à l'action. Pendant que les soldats se mettent en route, le major est déjà parti en reconnaissance observer l'édifice que sa troupe doit conquérir dans la journée. C'est déguisé en révolutionnaire que l'ancien officier de l'armée impériale pénètre dans l'immeuble qui abrite le siège du quotidien social-démocrate le Vorwärts. Sous le prétexte de s'engager dans les milices rouges il parvient à parcourir sans encombre les différents bureaux et peut donc minutieusement inspecter le bâtiment avant de rejoindre ses hommes qui ont déjà pris position. Il demande alors aux Spartakistes qui occupent l'immeuble de se rendre. Ces derniers refusent une telle proposition et s'en remettent au sort des armes pour juger de l'issue du conflit. Les mitrailleuses, obusiers et mortiers du corps-francs de von Stephani entrent alors en action. La bataille pour Berlin commence.

Cette bataille qui, aux premiers jours de l'année 1919, ensanglante la capitale du Reich est à l'origine de deux mythes. Le premier veut que ce soulèvement ouvrier soit l'œuvre délibérée des Spartakistes, ceux là qui ont créé fin décembre le Parti communiste allemand, estimant le moment venu d'installer le bolchevisme en Allemagne. Le second fait la part belle aux corps-francs présentés comme cette troupe invincible, ayant repris Berlin et ainsi sauvé l'Allemagne du péril communiste. Comme tous les mythes, ils présentent une part minime de vérité et beaucoup d'exagération et d'occultation. L'étude de cette insurrection et des combats de rue qu'elle provoque, la première du XX° siècle dans une capitale de l'Europe occidentale, peut seule permettre de casser les mythes patiemment entretenus et de mieux appréhender les débuts d'un aspect fondamental de l'art militaire: la contre-insurrection en milieu urbain.

David FRANCOIS