mercredi 1 juillet 2015

Femmes dans l'armée de l'air soviétique et dans l'US Air Force: le genre et la guerre

Si la participation depuis des siècles des femmes aux différents conflits militaires est une donnée historique incontournable, même si John Keegan considère la guerre comme une activité exclusivement masculine, leur rôle effectif dans ces affrontements est un domaine récent de la recherche historique qui prend place dans un courant historiographie récent né aux États-Unis, la gender history. La guerre est toujours un moment important pour la place des femmes dans la société. Le départ des hommes à la guerre leur offre des opportunités nouvelles pour sortir des rôles traditionnels dans lesquelles les confinent des sociétés patriarcales. La Première Guerre mondiale est sur ce point un tournant puisque les femmes remplacent les hommes dans les usines et dans différents services publics dans le cadre d'une mobilisation totale de la société.

La Seconde Guerre mondiale est un second moment fort de cette participation des femmes à la guerre puisque les différents belligérants sont encore contraints de mobiliser des millions de femmes pour l'effort de guerre. Elles jouent un rôle crucial sur le front économique. En Grande-Bretagne elles sont soumises à la conscription afin de former une armée de travailleuses. Aux États-Unis, l'image de Rosie la Riveteuse devient un symbole de cette mobilisation féminine. L'Allemagne mobilise également les femmes mais avec moins de succès ce qui l'oblige à recruter de force une main-d'œuvre étrangère.

Si la mobilisation des femmes sur le front économique amplifie celle effectuée entre 1914 et 1918, la Seconde Guerre mondiale offre de nouvelles opportunités aux femmes notamment au sein des forces armées. En URSS ce sont des centaines de milliers de femmes qui prennent les armes et servent dans les rangs de l'Armée rouge tandis qu'aux États-Unis elles s'engagent également dans l'armée mais sans jamais néanmoins combattre sur le front. Surtout, dans chacun de ces deux pays, des femmes parviennent à intégrer un domaine jusqu'alors exclusivement masculin, celui de l'aviation.

David FRANCOIS

lundi 1 juin 2015

L'opération Carlota


Une des caractéristiques de la politique étrangère du gouvernement révolutionnaire cubain fut la constance et le volontarisme avec lequel il tenta de soutenir d’autres mouvements révolutionnaires, que ce soit par des livraisons d’armes, la mise à disposition de financements, de formations prodiguées à Cuba ou par l’envoi à l’étranger d’instructeurs ou de combattants. Cette politique fut poursuivie en Amérique du Sud - l’exemple bolivien étant sans doute le plus connu – mais aussi en Afrique où, dès le mois d’octobre 1963 un contingent comprenant 686 hommes, 22 T-34 et de l’artillerie fut envoyé en Algérie afin de soutenir le gouvernement d’Ahmed Ben Bella alors engagé dans une guerre contre le Maroc. Dans les années qui suivirent, l’action des Cubains se porta en Afrique noire, où ils s’efforcèrent notamment de soutenir les mouvements indépendantistes en lutte contre les autorités coloniales portugaises, marquant le début d’un processus qui culmina près de deux décennies plus tard avec la présence continue de plusieurs dizaines de milliers de leurs soldats sur le continent.

Adrien Fontanellaz


vendredi 1 mai 2015

Guerre et désinformation : les Anges de Mons, 1914.

Les interventions et apparitions surnaturelles ou divines sur les champs de bataille sont choses relativement courantes dans les récits et chroniques de l'Antiquité ou du Moyen Âge. La plus célèbre de ces apparitions a lieu lors de la bataille du Pont Milvius le 23 octobre 312 puisqu'elle décide l'empereur romain Constantin à se convertir au christianisme. Ces récits d'apparitions se font de plus en plus rares au fil des siècles. L'une des dernières recensées a lieu en 1675 lors de la guerre du roi Philippe en Nouvelle-Angleterre. Au moment où la petite ville d'Hadley dans le Massachusetts est sur le point de succomber aux assauts des Indiens, un vieillard armé d'une antique épée apparaît. Il organise la milice, la conduit à l'attaque et à la victoire et puis disparaît aussi subitement qu'il est venu. Le surnaturel semble ensuite déserter le champ de bataille, tout comme il est chassé du reste de la vie sociale par les progrès de la science. C'est pourtant à l'aube de la première guerre industrielle de l'Histoire qu'il refait surface, quelque part en Belgique à l'été 1914.

David FRANCOIS

mercredi 1 avril 2015

Interview de Stéphane Mantoux; Les Guerres du Tchad


Stéphane Mantoux est agrégé d’histoire, anime le blog Historicoblog3 et a cofondé les blogs l’autre côté de la colline et U235. Il collabore de longue date avec plusieurs titres de la presse spécialisée en histoire militaire et de défense et a déjà publié une Offensive du Têt paru chez Tallandier en 2013. Dans son second livre, publié par les éditions Lemme edit dans leur collection Illustoria, Stéphane Mantoux propose une synthèse sur les guerres ayant marqué l’histoire du Tchad contemporain et a bien voulu répondre à nos questions sur son ouvrage.
 
Propos receuillis par David FRANCOIS et Adrien Fontanellaz


dimanche 1 mars 2015

La guerre du Sonderbund




Souvent perçue comme un oasis de concordance et de modération, la Suisse dût pourtant surmonter de vives tensions afin de parvenir à élaborer son architecture politique et institutionnelle contemporaine et dont la mise en place date de 1848, année de l’adoption d’une constitution fédérale, dotant le pays d’une Assemblée fédérale et surtout d’un exécutif permanent, le Conseil fédéral. Cet accouchement se fit pourtant au forceps car il fallut une guerre civile, connue sous le nom de guerre du Sonderbund, pour surmonter les antagonismes exacerbés qui divisaient le pays. L’affrontement fut cependant court et peu sanglant et n’est souvent décrit que par quelques phrases dans les livres d’histoire. La Suisse se trouva pourtant au bord du gouffre durant quelques semaines et un conflit plus long aurait pu avoir des conséquences incalculables sur l’avenir du pays. In fine, si cette guerre fut la résultante d’un faisceau de facteurs politiques, économiques et religieux, la manière dont elle se déroula favorisa grandement l’émergence d’une solution politique  durable. A cet égard, elle constitue un exemple où l’histoire militaire s’avère nécessaire à la compréhension globale d’un phénomène beaucoup plus large – en l’occurrence, la naissance de la Suisse moderne.

Adrien Fontanellaz


dimanche 1 février 2015

Renaissance de la marine japonaise 1945-2014



La « force d’auto-défense maritime » japonaise, héritière de la flotte impériale totalement démantelée en 1945, est devenue depuis 2012 la 3ème marine militaire du monde en termes de tonnage1, derrière ses homologues américaine et russe. Elle se retrouve maintenant en première ligne face à une Chine qui entend s’affirmer de plus en plus sur mer. La marine du soleil levant est aujourd’hui à un tournant de son histoire, tiraillée entre son statut, très contraint par la constitution japonaise, et un contexte géostratégique tendu. Mais revenons tout d’abord sur les circonstances de l’émergence de ce géant maritime très discret, et comment en est-il arrivé là.
Jérôme Percheron 

En haut : le porte-avions Amagi, chaviré dans le port de Kure en 1946. En Bas : le "destroyer porte-hélicoptères" Izumo, lancé le 6 août 2013. Sources : U.S. Navy investigation board - U.S. Navy military archives [haut] et http://www.mycity-military.com [bas]




jeudi 1 janvier 2015

La bataille de Peregonovka, un tournant de la guerre civile russe ?

La bataille de Peregonovka en septembre 1919 n'a jamais eu un grand retentissement y compris dans l'historiographie de la guerre civile russe. Les Soviétiques ne pouvaient célébrer un combat remporté par une armée anarchiste tandis que les Blancs ne voulaient rappeler qu'ils avaient en cette occasion été battus par une troupe de paysans. Seule les fidèles de Nestor Makhno ont entretenu la mémoire de cette bataille en affirmant qu'elle a marqué un tournant de la guerre civile. Selon eux, en obligeant l'armée blanche de Denikine en route sur Moscou, à détourner des troupes vers l'Ukraine, Makhno a en effet favorisé la contre-attaque soviétique d'Orel qui a mis un terme final aux ambitions blanches de s'emparer de Moscou et d'abattre le pouvoir soviétique.

David FRANCOIS

lundi 1 décembre 2014

Le Grand tourment sous le ciel - Deuxième période : L'Expédition du Nord (1) ou la réunification ratée de la Chine (1925-1930)


Par Albert Grandolini


Remarques préliminaires



Tous travaux concernant la Chine se heurtent à la transcription des idéogrammes chinois en alphabet latin. Compte tenu que l’auteur s’est appuyé principalement sur des sources anglophones, certaines datant d’une période antérieure aux année 1980, date à laquelle le système de transcription Pinyin a commencé à s’imposer, il a pris le parti d’utiliser l’ancien système Wade Giles, alors la norme internationale en usage. Le système de l’Ecole française d’Extrême-Orient (EFEO), longtemps utilisé en France, fonctionne sur le même principe de retranscription phonétique. Au delà de l’exercice périlleux de tous retranscrire en Pinyin, il est à noter que de nombreux noms de localités ou de repères géographiques ont changé de dénomination depuis 1949 en Chine. En se référant aux sources de l’époque, il limite au minimum les erreurs de traductions des noms alors en usage. Au delà des problèmes linguistiques, il est à remarquer que se cache aussi un problème politique car aujourd’hui encore Taiwan, la « province rebelle », refuse d’utiliser le Pinyin, préférant toujours le Wade Giles.


Les lecteurs désireux de se faire préciser la prononciation d’un mot pourront néanmoins se référer à l’annexe du tableau des conversions de l’UNESCO.



L’alliance Kuomintang – Parti communiste



A l’issue de l’effondrement du pouvoir impérial en 1911, la Chine a sombré dans l’anarchie, divisée en cliques militaires qui s’affrontent. Un « gouvernement » formé par des alliances instables siège toujours à Pékin et reste reconnu par les puissances étrangères tant qu’il ne remet pas en cause les « traités inégaux », notamment le contrôle financier que ceux-ci exercent de facto et les zones d’extraterritorialités octroyées, en fait de véritables colonies que constituent les concessions internationales, sans oublier le droit à leurs canonnières de naviguer sur certains fleuves chinois. Ce qui subsiste du gouvernement révolutionnaire du Kuomintang (KMT) s’est retranché à Canton. Après de vaines alliances avec certains seigneurs de guerre, systématiquement trahis, le chef historique de la révolution chinoise Sun Yat-sen prend enfin conscience qu’il lui faut forger un véritable parti discipliné et un outil militaire efficace s’il veut un jour réunifier le pays en lançant ce qu’il appelle de ses vœux « l’expédition du Nord ». Pour cela, il envisage de créer une armée nouvelle où les cadres seront dévoués à la cause de la révolution par une instruction à la fois militaire et idéologique. Il doit aussi élargir sa base politique et cherche à rallier à sa cause tous les partis qui cherchent à renverser le pouvoir des cliques militaires ou Tuchüns (2). Sun Yat-sen s’adresse aussi à la seule autre force à prétention révolutionnaire présente en Chine, le tout nouveau parti communiste chinois (PCC). 

samedi 1 novembre 2014

Les derniers feux d’un soleil se couchant sur l’Empire – 2ème partie


La campagne terrestre des Malouines

Fin mai 1982. La tête de pont de la baie de San Carlos maintenant sécurisée et la première position argentine de Goose Green prise, les troupes britanniques font mouvement vers la capitale Port Stanley. Pour la plupart à pieds et lourdement chargés, Les Royal Marines et les parachutistes s’enfoncent dans un paysage de tourbe baigné par l’hiver austral. Les Argentins ont eu tout le temps de préparer des positions défensives bien équipées, et de nombreux officiers brûlent de faire leurs preuves afin se faire remarquer par la junte au pouvoir…

(Cet article fait suite à celui concernant le débarquement britannique aux Malouines)

Par Jérôme Percheron

Direction Port Stanley ! (source : http://www.militariarg.com/task-force.html)

jeudi 11 septembre 2014

Réduction de voilure


Lors de sa création le 1er mars 2013, nous avions annoncé viser une cadence de publication de trois articles par mois sur l’autre côté de la colline. Cet objectif a généralement été maintenu depuis, notamment grâce aux précieuses contributions de Jérôme Percheron, Albert Grandolini et Nicolas Aubin.
Cependant, nous, les trois rédacteurs, sommes depuis quelques mois confrontés à des changements d’ordre professionnel ou privé ayant pour effet de réduire le temps dont nous disposons pour la rédaction d’articles. Cet état de fait ne nous laisse hélas d’autre choix que de ralentir l’activité du blog à raison d’un seul article par mois.
La rédaction