lundi 1 décembre 2014

Le Grand tourment sous le ciel - Deuxième période : L'Expédition du Nord (1) ou la réunification ratée de la Chine (1925-1930)


Par Albert Grandolini


Remarques préliminaires



Tous travaux concernant la Chine se heurtent à la transcription des idéogrammes chinois en alphabet latin. Compte tenu que l’auteur s’est appuyé principalement sur des sources anglophones, certaines datant d’une période antérieure aux année 1980, date à laquelle le système de transcription Pinyin a commencé à s’imposer, il a pris le parti d’utiliser l’ancien système Wade Giles, alors la norme internationale en usage. Le système de l’Ecole française d’Extrême-Orient (EFEO), longtemps utilisé en France, fonctionne sur le même principe de retranscription phonétique. Au delà de l’exercice périlleux de tous retranscrire en Pinyin, il est à noter que de nombreux noms de localités ou de repères géographiques ont changé de dénomination depuis 1949 en Chine. En se référant aux sources de l’époque, il limite au minimum les erreurs de traductions des noms alors en usage. Au delà des problèmes linguistiques, il est à remarquer que se cache aussi un problème politique car aujourd’hui encore Taiwan, la « province rebelle », refuse d’utiliser le Pinyin, préférant toujours le Wade Giles.


Les lecteurs désireux de se faire préciser la prononciation d’un mot pourront néanmoins se référer à l’annexe du tableau des conversions de l’UNESCO.



L’alliance Kuomintang – Parti communiste



A l’issue de l’effondrement du pouvoir impérial en 1911, la Chine a sombré dans l’anarchie, divisée en cliques militaires qui s’affrontent. Un « gouvernement » formé par des alliances instables siège toujours à Pékin et reste reconnu par les puissances étrangères tant qu’il ne remet pas en cause les « traités inégaux », notamment le contrôle financier que ceux-ci exercent de facto et les zones d’extraterritorialités octroyées, en fait de véritables colonies que constituent les concessions internationales, sans oublier le droit à leurs canonnières de naviguer sur certains fleuves chinois. Ce qui subsiste du gouvernement révolutionnaire du Kuomintang (KMT) s’est retranché à Canton. Après de vaines alliances avec certains seigneurs de guerre, systématiquement trahis, le chef historique de la révolution chinoise Sun Yat-sen prend enfin conscience qu’il lui faut forger un véritable parti discipliné et un outil militaire efficace s’il veut un jour réunifier le pays en lançant ce qu’il appelle de ses vœux « l’expédition du Nord ». Pour cela, il envisage de créer une armée nouvelle où les cadres seront dévoués à la cause de la révolution par une instruction à la fois militaire et idéologique. Il doit aussi élargir sa base politique et cherche à rallier à sa cause tous les partis qui cherchent à renverser le pouvoir des cliques militaires ou Tuchüns (2). Sun Yat-sen s’adresse aussi à la seule autre force à prétention révolutionnaire présente en Chine, le tout nouveau parti communiste chinois (PCC). 

samedi 1 novembre 2014

Les derniers feux d’un soleil se couchant sur l’Empire – 2ème partie


La campagne terrestre des Malouines

Fin mai 1982. La tête de pont de la baie de San Carlos maintenant sécurisée et la première position argentine de Goose Green prise, les troupes britanniques font mouvement vers la capitale Port Stanley. Pour la plupart à pieds et lourdement chargés, Les Royal Marines et les parachutistes s’enfoncent dans un paysage de tourbe baigné par l’hiver austral. Les Argentins ont eu tout le temps de préparer des positions défensives bien équipées, et de nombreux officiers brûlent de faire leurs preuves afin se faire remarquer par la junte au pouvoir…

(Cet article fait suite à celui concernant le débarquement britannique aux Malouines)

Par Jérôme Percheron

Direction Port Stanley ! (source : http://www.militariarg.com/task-force.html)

jeudi 11 septembre 2014

Réduction de voilure


Lors de sa création le 1er mars 2013, nous avions annoncé viser une cadence de publication de trois articles par mois sur l’autre côté de la colline. Cet objectif a généralement été maintenu depuis, notamment grâce aux précieuses contributions de Jérôme Percheron, Albert Grandolini et Nicolas Aubin.
Cependant, nous, les trois rédacteurs, sommes depuis quelques mois confrontés à des changements d’ordre professionnel ou privé ayant pour effet de réduire le temps dont nous disposons pour la rédaction d’articles. Cet état de fait ne nous laisse hélas d’autre choix que de ralentir l’activité du blog à raison d’un seul article par mois.
La rédaction

lundi 1 septembre 2014

Le 64e sentai 1938-1942


Moins connus que les unités de Mitsubishi A6M de l’aéronavale, les régiments de chasse de l’armée impériale jouèrent pourtant un rôle vital dans l’acquisition de la supériorité aérienne par les forces japonaises dans le Sud-Est asiatique. Le 64e sentai bénéficia d’une grande notoriété au Japon durant la guerre, en partie grâce à l’exploitation du charisme de son commandant par la propagande, mais aussi avec la sortie d’un film relatant de manière très romancée les exploits de l’unité. Voici donc l’histoire de ce régiment, de sa création à la conquête de la Birmanie.

Adrien Fontanellaz (article déjà publié sur Militum Historia)

vendredi 1 août 2014

L'armée impériale russe pendant la Grande Guerre (1914-1917)


Le billet a été mis à jour.


Le front de l'est est un des grands oubliés1 de l'histoire militaire, et en particulier française. Je ne parle pas du conflit germano-soviétique, de 1941 à 1945, mais bien du front de l'est de la Première Guerre mondiale, où se font face Allemands et Austro-Hongrois d'un côté, et Russes de l'autre, pour l'essentiel. Alors que la commémoration du centenaire voit fleurir les ouvrages et articles en français consacrés au front de l'ouest, vu et disséqué sous tous les angles ou presque, ceux qui parlent du front de l'est sont rarissimes, voire inexistants. Dans l'opinion commune, l'armée impériale russe reste un « rouleau compresseur » mis en échec dès le mois d'août 1914 à Tannenberg, ravagé par l'alcoolisme, la désobéissance et la désertion, et qui s'effondre comme un château de cartes en 1917. Cette vision datée se base souvent sur la lecture d'ouvrages dépassés qui font encore autorité aujourd'hui. Or, l'armée impériale russe, pendant la Première Guerre mondiale, est loin d'être ce colosse aux pieds d'argile que l'on se plaît et complait à peindre encore et toujours. En réalité, les problèmes qu'elle rencontre sont loin de lui être exclusifs, par rapport aux autres pays engagés dans le conflit. Les buts de guerre et les objectifs stratégiques ne font pas l'objet de dissensions. L'armée a reçu les moyens nécessaires, et la Russie a été capable de mettre en marche son économie de guerre. La structure stratégique et opérative est appropriée et la structure opérative-tactique de l'armée russe correspond à la doctrine d'avant-guerre. Ces avantages sont éclipsés en 1914-1915 par plusieurs facteurs. Si ceux-ci sont résolus en 1917, la Russie n'a pas réussi à surmonter en revanche le problème des effectifs. C'est parce que ces problèmes se combinent avec l'opposition politique et les contraintes économiques sur la population qu'a lieu la révolution de février 1917, alors que paradoxalement l'armée russe a fait preuve d'une grande faculté d'adaptation à partir de 19152. Partons à la découverte d'une armée dissoute dans la tourmente des révolutions de 1917, qui n'avait pas été vaincue militairement jusqu'à cet événement déterminant, mais qui, par le discours des bolcheviks qui lui ont succédé, parfois des récits des émigrés « blancs » pourtant issus de cette même armée tsariste, et d'une historiographie occidentale qui peine parfois à sortir de son « pré carré », reste encore largement dans l'ombre.

Stéphane Mantoux.

jeudi 10 juillet 2014

La première bataille d'Angleterre et la naissance du bombardement stratégique


La Première Guerre mondiale voit l'apparition de la guerre aérienne qui devient un élément essentiel de la guerre moderne. Si cette nouvelle arme fait ses preuves sur le plan opérationnel, notamment tactique, les bases de son utilisation stratégique sont également posées durant le premier conflit mondial avec les prémisses de ce qui sera appelé ultérieurement le bombardement stratégique. Il s'agit d'abord par ce moyen de frapper la machine de guerre adverse loin en arrière du front afin de la paralyser, mais le bombardement du territoire ennemi est aussi une arme psychologique destinée à terroriser les populations civiles. Si des raids de bombardement ont lieu sur Paris, la Belgique, en mer Baltique et même en Afrique entre 1914 et 1918, les seules campagnes systématiques visant des objectifs civils et militaires se déroulent contre l'Angleterre.

Pour cela l'Allemagne possède une longueur d'avance sur ses adversaires notamment grâce à aux progrès technologiques réalisés outre-Rhin dans le domaine des appareils plus léger que l'air. La flotte de dirigeables, essentiellement de marque Zeppelin, de l'armée du Kaiser, conçue à l'origine essentiellement pour des missions de reconnaissance et de collectes d'informations afin de signaler les mouvements de l'infanterie ou de découvrir les positions de l'artillerie ennemie, va devenir pour les populations civiles anglaise le symbole de la mort venant du ciel. Transformés en bombardiers, les Zeppelins vont en effet réussir à répandre la peur dans toute l'Angleterre.

David FRANCOIS.

mardi 1 juillet 2014

Aurore 8, la première bataille de Fao.

La guerre Iran-Irak résulta d'une erreur d'appréciation du raïs de Bagdad, Saddam Hussein, qui en attaquant l’Iran, anticipa une guerre d'ampleur et de durée limitée, destinée à accroître son prestige, obtenir des concessions territoriales et affaiblir le nouveau pouvoir issu de la révolution islamique. Les buts de guerre irakiens consistaient donc principalement à s'emparer de gages territoriaux avant de négocier en position de force. Cependant, cette perception n'était pas partagée par le régime iranien qui annonça que seul le renversement pur et simple du pouvoir baathiste suffirait à mettre fin à la guerre, alors que dans le même temps, celle-ci lui permettait de consolider son emprise, encore fragile, sur le pays. Le confit voulu comme limité devint ainsi une des plus grandes guerres conventionnelles de l’après-guerre. L’offensive irakienne lancée en septembre 1980 s’enlisa au bout de quelques mois au fur et à mesure que les forces armées iraniennes, initialement désorganisées et gravement affaiblies par les purges ayant suivi la révolution islamique, montaient en puissance. Après une première contre-attaque de grande envergure qui échoua au début de 1981, les Iraniens lancèrent une série d’offensives dévastatrices qui leur permirent de récupérer la quasi-totalité des territoires perdus en 1982.  Malgré ces défaites cinglantes, le régime irakien parvint à reconstituer puis accroître considérablement la taille de son armée, qui resta essentiellement sur la défensive à partir de cette année et parvint à repousser tant bien que mal les offensives iraniennes successives lancées dans le Sud, le Centre et le Nord du pays dans le cadre d’un conflit qui s’était transformé en guerre d’usure ; aucun des deux belligérants ne parvenant à infliger une défaite décisive à l’adversaire.

Adrien Fontanellaz

vendredi 20 juin 2014

Les derniers feux d’un soleil se couchant sur l’Empire. Le débarquement britannique aux Malouines

21 mai 1982. 4500 Royal Marines et parachutistes britanniques s'apprêtent à débarquer dans la baie de San Carlos, sur l'île principale des Malouines, au terme d'un périple maritime de près de 13 000 kilomètres. C'est le premier débarquement de vive force pour les troupes de sa Majesté depuis celui de Suez en 1956. En face, les Argentins, trois fois plus nombreux, les attendent de pied ferme, soutenus par une puissante aviation.

 Côtes Malouines en vue !
source : http://nationalinterest.org/blog/jacob-heilbrunn/refighting-the-falklands-war-margaret-thatcher-versus-jeane-7919


En quoi ce débarquement est-il particulier ? Comment les Anglais vont-ils finalement l'emporter ? Quels enseignements peut-on en retirer ?

Jérôme Percheron.


mardi 10 juin 2014

Ichi-Go sakusen


La guerre entre la Chine et le Japon de 1937 à 1945 est restée dans l’ombre de la Seconde guerre mondiale, principalement pour des raisons d’accès aux sources. Les publications sur ce conflit restent en effet rares en anglais et ce sans parler du français où elles sont pratiquement inexistantes. C’est pour cette raison que, malgré sa dimension relativement anecdotique si on la met en regard avec les immenses pertes subies par les Chinois, sans doute supérieures à celles supportées par l’URSS à la même époque, la détestation légendaire opposant le général Stilwell à Tchang Kaï-chek reste l’un des épisodes les plus connus et relatés de cette guerre. Pourtant, l’entrée en guerre du Japon contre les puissances occidentales constitua presque, à certains égards, une extension de la guerre sino-japonaise. Ce théâtre des opérations, devenu secondaire après le 7 décembre 1941, continua à immobiliser une partie importante des ressources militaires du Japon, alors qu’à partir de la fin de l’année 1942, celui-ci entrait dans une spirale infernale où les défaites se succédèrent sur d’autres fronts. L’opération Ichi-Go, lancée en 1944, constitue un témoignage marquant de cet état de fait. En effet, cette campagne mobilisa non seulement des centaines de milliers de soldats durant plusieurs mois mais elle fut aussi la plus vaste opération lancée par l’armée impériale japonaise au cours de toute son existence.
 
Adrien Fontanellaz

dimanche 1 juin 2014

Violence et fascisme: le squadrisme

En novembre 1918, l'Italie sort de la guerre dans le camp des vainqueurs mais c'est un pays en crise. Son système politique archaïque est incapable d'intégrer les masses populaires qui ont pourtant payé le plus lourd tribut lors des combats. Rapidement le pays doit faire face à une agitation sociale sans précédent entrée dans l'Histoire sous le nom de biennio rosso. Dans les rues les officiers sont pourchassés, dans les campagnes les paysans occupent les terres des grands propriétaires terriens, dans les villes les ouvriers organisent de vastes grèves qui parfois donnent lieu à des affrontements avec les forces de l'ordre. Au début de 1920 se développe un mouvement d'occupation des usines qui sont défendues par des milices ouvrières armées. L'État est impuissant à rétablir l'ordre, la bourgeoisie a peur tandis que les dirigeants socialistes et syndicalistes refusent de sortir de la légalité.

C'est dans ce climat de tension et de crise que se développe un phénomène politique nouveau, le squadrisme. Formé en majorité par des anciens combattants qui réinvestissent dans la vie civile les pratiques violentes apprises à la guerre, ce mouvement va sortir Mussolini et ses Faisceaux du ghetto politique où ils se trouvent à la fin 1919. Le squadrisme n'est pas en effet une simple émanation du fascisme mais plutôt l'aile militaire d'un mouvement dont l'aile politique est formée par les Faisceaux de combats. Phénomène autonome, le squadrisme est un exemple de la « brutalisation » de la vie politique italienne après 1918 en utilisant des méthodes militaires au service d'objectifs politiques. Initiateur d'une guerre civile larvée, il préfigure sur bien des points, les mouvements paramilitaires, fourriers du totalitarisme, qui vont voir le jour en Europe à l'instar des Sections d'Assaut d'Hitler.

David FRANCOIS